Les enseignements clés du 36e Observatoire ACPM : la presse locale à la croisée des chemins
- Fabrice Audouard
- il y a 4 heures
- 3 min de lecture
Le dernier observatoire publié par l’ACPM confirme ce que tous les éditeurs locaux ressentent déjà sur le terrain : le papier continue de décrocher, tandis que les audiences numériques explosent… sans toujours transformer l’essai économique.
Pour la presse locale et la PHR, le sujet n’est plus seulement de “faire du digital”. Il devient urgent de trouver un modèle rentable, durable et suffisamment puissant pour conserver un lien fort avec les territoires.
Je vous livre les principaux enseignements et chiffres clés :
1. La diffusion papier continue de s’éroder
La PQR/PQD enregistre une baisse de 5,5 % en 2025 avec moins de 940 millions d’exemplaires diffusés sur l’année. Même les grands groupes historiques sont touchés.
Le phénomène est désormais structurel :
recul du portage,
chute des ventes au numéro,
vieillissement du lectorat papier,
hausse insuffisante des abonnements numériques.
Le plus frappant reste l’écart entre usages et revenus : les audiences progressent fortement, mais le modèle économique historique du print continue de porter l’essentiel des recettes.

2. La PHR progresse en numérique… mais reste très loin du compte
L’un des chiffres les plus révélateurs concerne la presse hebdomadaire régionale.
Les ventes numériques progressent de… 47 %. Un chiffre impressionnant en apparence. (PHRases)
Mais la réalité est plus nuancée :
seulement 1 million d’exemplaires numériques,
sur un total de 39 millions d’exemplaires diffusés.
Autrement dit : le digital progresse vite, mais part encore d’un niveau relativement faible.
Le risque est clair : beaucoup de titres avancent vers le numérique sans avoir encore trouvé la mécanique économique capable de remplacer le papier.

Contrairement aux quotidiens régionaux, la PHR dépend encore massivement des ventes en kiosque. Presque un exemplaire sur deux y est vendu. (PHRases)
Cette dépendance pose un problème stratégique majeur :
disparition progressive des points de vente,
baisse de fréquentation des maisons de presse,
coûts logistiques élevés.
La conséquence est forte : les hebdos locaux doivent désormais travailler autant leur animation commerciale que leur contenu éditorial.
3. Le web domine largement les usages
Les médias locaux génèrent désormais des audiences significatives, on l'a vu, sur le web.
Quelques chiffres marquants :
Cela confirme plusieurs réalités :
Google reste central,
les réseaux sociaux continuent d’alimenter le trafic,
les lecteurs privilégient encore l’accès rapide via leur navigateur.
En revanche, l'utilisation des applications mobiles est décevante, notamment pour la PHR.
L’idée évoquée par Pierre Pétillault, le directeur de l'Alliance de la presse et des médias, de créer une grande application commune de la presse locale montre que le secteur commence à réfléchir collectivement à sa souveraineté numérique.
4. Certaines familles de presse résistent beaucoup mieux
Tous les segments ne sont pas logés à la même enseigne.
Les catégories qui progressent :
presse société / actualités générales,
économie-finance,
presse pédagogique,
sport.
À l’inverse :
presse TV,
people,
news magazines,
féminins historiques continuent de décrocher fortement.
Ce qui fonctionne aujourd’hui semble reposer sur trois piliers :
expertise,
identité forte,
communauté engagée.
Autrement dit : les médias qui apportent une valeur claire et identifiable résistent mieux à la fragmentation numérique.

Et maintenant, on fait quoi ?
Le constat du 36e Observatoire ACPM est moins celui d’un effondrement que d’une mutation accélérée.
Je suis convaincu que la presse locale conserve des atouts immenses :
une forte proximité,
une crédibilité encore élevée,
des audiences numériques en progression significative,
un rôle démocratique essentiel dans les territoires.
Mais le modèle économique historique ne suffit plus.
Le défi des prochaines années sera probablement moins éditorial que stratégique :
transformer l’audience en revenus,
mutualiser certains outils,
renforcer la relation directe avec les lecteurs,
développer l’abonnement,
et savoir utiliser l'IA (que, d'ailleurs, je remercie pour la réalisation des infographies illustrant cet article !)
En clair : la presse locale reste puissante. Mais elle doit désormais apprendre à monétiser une attention qui, paradoxalement, n’a jamais été aussi forte.
Vous vous échangez sur le sujet ? Parlons-en !
